Il était une fois, dans un pays fort lointain et il y a très longtemps, un gentil petit briquet qui s'appelait Emile Feu. Emile Feu était seul. Il avait toujours été seul, c'est pourquoi il était très malheureux.
Jamais briquette, ni allumette ne s'était intéressée à lui, car il n'avait jamais été très expansif et ne se mettait jamais en avant. Par exemple, et à la différence de certains, il ne brillait jamais de mille feux, ce qui était plutôt bizarre pour un briquet, surtout avec le nom qui était le sien.. Partout où il passait, il ne mettait jamais le feu, laissant ce soin à d'autres. Jamais il n'osait s'approcher d'une briquette dans une soirée et jamais il ne s'aventurait à aborder des allumettes, en boîte. Il n'aimait pas jouer avec le feu.
Alors, à force de ne jamais être sous les feux de la rampe, tout le monde l'oubliait et personne ne pensait à lui.
Et un jour, son propriétaire s'arrêta de fumer, il rangea le gentil briquet dans un tiroir du salon et l'oublia là. C'en était fini de lui.
Le gentil briquet restait dans son tiroir, ne voulant pas en sortir, il se persuadait qu'il se trouvait bien là. Car au fil du temps, il s'était fait une raison : il se disait que si personne ne s'intéressait à lui, c'est qu'il n'était pas intéressant. Et que mieux valait ne plus jamais sortir du tiroir afin de ne pas souffrir d'être ignoré et de ne pas être aimé.
Un jour, pourtant, quelqu'un retira le gentil briquet du tiroir : il n'y avait plus, dans la maison, d'allumettes pour allumer le four à gaz. Le gentil briquet s'acquitta noblement de sa tâche et, cette fois-ci, il fut rangé dans le tiroir de la cuisine ! Et ce nouveau rangement allait changer le cours de la vie du gentil briquet Emile Feu…
Car quelque temps plus tard, le tiroir fut ouvert et on y rangea, devinez quoi ? Une boite entière de jolies allumettes !
Et parmi toutes ces allumettes, notre ami briquet découvrit la plus belle, la plus jolie, la plus magnifique de toutes les allumettes. Elle s'appelait Maty Zonnier.
Le gentil briquet, comme à son habitude, ne fit rien pour se rapprocher de la belle allumette, se contentant de la regarder de loin, admiratif et... comment dire ? ...Amoureux ? Oui, c'est ça ! Amoureux !
Et il espérait bien, mais sans trop d'espoir (il ne voulait pas s'enflammer), que la belle allumette brûlerait du même feu pour lui...
Mais cela lui paraissait tellement impossible !
C'est pourquoi il fut très surpris quand Maty Zonnier vint lui parler !
Elle le regardait de ses yeux de braises, pétillante, crépitante, lui parlant de souffle de la passion qui enflamme les sens, lui murmurant qu'elle craquait pour lui, parlant d'étincelle qui ne demandait qu'à donner naissance à un brasier, un grand feu de joie !
Lui qui n'avait jamais connu la chaleur de l'amour, il le sentait déjà, qu'il s'enflammait pour elle !
Et quand elle l'embrassa, le cœur du gentil briquet s'embrasa !
Il était prêt à se consumer pour elle et lui donna tout son amour... Entièrement. Totalement. Simplement.
Mais malheureusement, cela ne fit pas long feu... En effet, le gentil briquet apprit bien vite que Maty se comportait de la même façon avec tous les autres briquets et leur disait les mêmes choses ! Avec celui de la salle à manger, qui était près de la cheminée. Avec celui de la chambre à coucher, dans la table de nuit. Avec les briquets de passage, aussi, qui arrivaient dans les poches des invités… Elle avait même, dans le garage, flirté avec la lampe à souder, et aussi avec le chalumeau, qu'elle appelait l'ami Zafeu (car il s'appelait effectivement Zafeu).
Et, comble du déshonneur, elle avait même dragué l'allume-gaz, Piézo-électrique de la cuisine !
Maty Zonnier, la belle allumette, n'était en fait qu'une allumeuse !
S'en était trop pour Emile Feu, le gentil briquet.
De désespoir il se plaça dans la cheminée et s'alluma. Il se mit tout d'abord à chauffer, chauffer, chauffer. Puis à fondre. Il s'enflamma tout à coup et partit entièrement en fumée. C'en était fini de lui.
Ainsi prit fin l'histoire du gentil briquet qui s'était enflammé un peu trop vite pour une allumette.
La morale de cette histoire, car il faut qu'il y ait une morale, la voici :
"Amour donné à une allumeuse, part toujours en fumée malheureuse"