Rédigé par Délire Débile et publié depuis
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Il était une fois, dans un pays fort lointain et il y a très longtemps, un gentil petit pot de moutarde qui avait toujours été fort sage.
Sa vie s'écoulait paisiblement, du placard à la table de la cuisine, de la table de la cuisine au placard. On prenait soin de lui et il était toujours bien rangé.
Un jour pourtant survint un événement qui surprit au plus au point le petit pot de moutarde.
Le placard s'ouvrit et, au lieu de l'en sortir comme la maîtresse de maison en avait l'habitude, on plaça à côté de lui un autre pot, un pot tel qu'il n'en avait jamais vu, un pot grand, fort et très surprenant : un pot de cornichons. Le petit pot de moutarde était émerveillé : il ne pensait pas que d'autres pots que lui puissent exister et il ne cessait de s'étonner…
Malheureusement, le pot de cornichons était un vrai pot-pourri et il était loin d'être aussi sage que le petit pot de moutarde.
Le grand pot de cornichons avait été acheté sur un étalage de mauvaise renommée, alors que le petit pot de moutarde, lui, était issu d'une échoppe très respectée.
Le grand pot de cornichons ne cessait de se pavaner, en disant qu'il avait des beaux cornichons et il ne cessait de se moquer du gentil petit pot de moutarde. Il lui disait qu'il était mou, qu'il n'avait aucune consistance, que jamais il ne ferait pleurer personne et qu'il était comme les graines de moutarde : il ne savait que s'écraser… Le grand pot de cornichons le traitait de jeune moutard, de pot terne et parfois même de condiment ! C'est vous dire !
Le petit pot de moutarde supportait tout cela en silence et même si la moutarde lui montait souvent au nez, il admirait en secret le grand pot de cornichons, voulant lui ressembler en tous points...
Le grand pot de cornichons ne faisait pas que tourmenter le gentil pot de moutarde. Car le grand pot de cornichons pensait avoir un autre destin, au autre destin ailleurs, et il avait pour dessein de s'évader. Il voulait s'enfuir de la cuisine, passer la porte et aller asservir le monde entier, au dehors...
Faisant le fier, il se rengorgeait devant le petit pot de moutarde, essayant même à chaque fois de l'entraîner avec lui. "Allons voir le monde !" disait-il… "Je suis sûr qu'il y a d'autres pots dans le monde qui ne demanderaient qu'à nous admirer ! Des poules au pot ? Des pots-de-vin ? Peut-être des pots aux roses ? Des pot-au-feu ? Allons-y !" Mais le petit pot de moutarde n'en avait pas vraiment envie.
Or un jour, les deux pots se retrouvèrent tous deux sur la table de la cuisine.
Là, le grand pot de cornichons s'écria :
"C'est le moment ! Allons-y ! Cette fois-ci, on s'en va ! On se casse !"
Mais le petit pot de moutarde ne voulait pas vraiment le suivre et restait à sa place, il tardait, ne parvenant pas à se décider.
"Arrête de tourner autour du pot" criait le grand pot de cornichons ! Regarde ! On va bien tous les rouler !
Et effectivement, le grand pot de moutarde s'était mis à rouler, rouler vers le bord de la table.
Le petit pot de moutarde n'arrivait toujours pas à se décider et il tardait, tardait…
"Tant pis pour toi, tu resteras à jamais un petit pot" s'écria le grand pot de cornichons avant de se laisser choir de la table…
Un cri. Le petit pot de moutarde entendit un grand cri.
Le grand pot de cornichons s'était brisé par terre. Tous ses beaux cornichons étaient répandus sur le sol. Ils ne lui serviraient plus jamais à rien.
Pour avoir un peu tardé, le petit pot de moutarde l'avait échappé belle... Il fit un pot d'adieu funèbre au pot de cornichons et se jura que jamais plus il n'écouterait les pots qui parlent de se casser...
Moralité :
Pour avoir du pot, sois mou : tarde.