Tiens, j'avais oublié de la raconter, celle-là...
C'était il y a quelques semaines.
J'avais, pour une fois, pris ma voiture au lieu de prendre ma moto pour aller au boulot.
Je roulais tranquillement, comme on peut rouler pour aller au boulot et qu'il ne fait pas beau et que les gens vont venir vous faire chier et que ça va encore être une journée de merde, ça c'est sûr, c'est ce qu'ils disent dans l'horoscope du jour que je n'avais pas lu parce que je n'y crois pas, désolé, je suis comme ça.
La routine, quoi.
Et en chemin, que vois-je ?
Une grande, fine et accorte personne habillée d'un tailleur classique et de bon goût, une accorte personne, donc, en train de courir en serrant son cartable sous son bras...
"Tiens, me dis-je, elle a l'air d'être en retard, la demoiselle !"
Avec la circulation, j'avance, je la dépasse, jette un coup d'œil dans le rétro...
"WAOUH ! Pas mal en plus ! 24 ans ? 25 ?"
Et là je me dis :
Mais... Une jeune fille. Qui court par ici. Avec un cartable sous le bras... Ce doit être...
Mais OUI ! Ce doit être une étudiante de l'école-de-commerce-qui-est-juste-à-côté-de-là-où-je-travaille, une jolie étudiante en retard pour ses cours !"
Alors aussitôt je m'interroge : " Je m'arrête pour la prendre ne stop ? Je m'arrête pas ?? Je m'arrête, je m'arrête pas ??"
"T'es trop con de pas t'arrêter !"
Je tourne au feu...
Et là je me persuade : « Oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher »
"Arrête-toi, tu la prends en stop, tu discutes, tu lui files ta carte de visite, tu lui demandes son numéro de téléphone, tu la rappelles, vous allez boire un coup, vous sympathisez, vous vous voyez, vous vous revoyez, vous vous re-revoyez, vous vous mettez ensemble, Venise, elle termine ses études, vous ne vous quittez plus, Le Tyrol, vous changez d'appartement, l'Ecosse et les Highlands, vous avez quatre enfants (Gustave, Alphonse, Arthur et Philibert), vous prenez un chien, quatre poissons rouges et des tortues de Floride......."
"Et je suis encore en train de rouler ??? MAIS MERDE j'suis trop con ! Faut absolument que je m'arrête !"
Évidemment, le temps de penser à tout ça, j'ai déjà fait au moins 300 mètres !
Coup d'œil dans le rétro : au loin, une silhouette court toujours !
Coup de frein, je me gare près du trottoir, j'ouvre la portière passager, j'attends...
Coup d'œil dans le rétro, la silhouette s'approche... mais ?
Mais ?
MAIS ??
Et là, C'EST LA TÊTE D'UN MEC qui surgit dans l'entrebâillement de la porte de ma voiture !
J'HALLUCINE !
Que s'est-il donc passé ?
L'explication en est simple.
Dans la précipitation de toute cette scène, après avoir tourné au coin de la rue, je n'avais pas vu qu'il y avait UN GARS QUI, LUI AUSSI, COURRAIT 100 MÈTRES DEVANT LA JOLIE FILLE ET CE POUR LA MÊME RAISON QU'ELLE !
Je n'y croyais pas ! A 100 mètres près, je sauvais la vie d'une jeune fille en détresse !
J'avais vu juste pour les motivations. Mais je n'avais pas vu le gars !
Dé-goû-té !
Du coup, je me suis vu obligé de prendre l'auto-stoppeur et de le déposer à l'école de commerce.
Tous mes beaux rêves d'avenir : envolés ! Mirage dans le miroir fait miroiter des avenirs mirifiques
"Adieu veaux, vaches, cochons, couvée" ! Je me suis retrouvé gros Jean, comme devant !
Vous connaissiez le coup de l'auto-stoppeuse dont le mec est planqué sur le bas-côté ?
Maintenant, il faudra vous assurer qu'aucun mec ne coure 100 mètres devant ladite auto-stoppeuse !!